novembre 17, 2018
Société

Réginald Boulos écrit au Président Moïse

Depuis les évènements du 6 et 7 juillet dernier, l’homme d’affaires Reginald Boulos, l’une des plus grandes victimes, chercher à se refaire une image. Il parle beaucoup plus et communique sur ses moindres faits et gestes. Les réseaux sociaux deviennent ses plateformes préférées. Il vient d’écrire au président de la République sur le dossier PetroCaribe. Il a demandé au président de la République de surseoir sur le paiement de la dette.

Port au Prince, le 8 Septembre 2018

Son Excellence Jovenel Moise

Président de la République d’Haiti

Palais National

Monsieur le Président,

Depuis les violentes manifestations des 6 et 7 Juillet déclenchées à la faveur de la révision à la hausse des prix du carburant, notre pays connaît une situation particulière marquée principalement par :

1) La démission du Premier Ministre ;

2) Le retard mis dans la formation d’un nouveau gouvernement ;

3) La campagne réclamant la lumière sur l’utilisation des fonds de Petro Caribe.

Depuis 2008, l’Etat Haïtien reçoit des avantages particuliers sur les commandes de carburant placées auprès du Venezuela, avantages qui lui permettent de retenir une portion importante des revenus de la revente de ces produits aux compagnies pétrolières directement et aux consommateurs indirectement. Cette portion devait servir principalement à financer des projets de développement au bénéfice du pays en général et de la population haïtienne en particulier.

Dans un entretien au journal le Nouvelliste en date du 12 Juin 2013, l’Ambassadeur du Venezuela en Haiti Pedro Antonio Canino Gonzalez a indiqué qu’une partie de ces fonds ont servi à construire « 500 Kilomètres de route, 7,600 maisons, des centrales électriques à Carrefour, aux Gonaïves et au Cap Haïtien ». Parmi d’autres projets cités par l’Ambassadeur figurent 23 centres de santé avec des équipements technologiques de première classe, la restauration de la ville de Jacmel et le projet de l’Ile à Vache.

Monsieur le Président,

Alors que l’opinion publique en Haiti manifeste le désir d’une investigation sérieuse de l’utilisation des fonds de Petro Caribe et que des doutes raisonnables sont émis par plusieurs secteurs sur la gestion saine de ces fonds, il est surprenant de constater que le principal bailleur de fonds, sinon le seul, claironne sur tous les toits que les autorités Haïtiennes ont fait une bonne gestion des fonds Petro Caribe.

Ces déclarations sont surprenantes alors que le Venezuela est lui-même impliqué dans la gestion des montants prêtés par notre pays. En effet, les Centrales Electriques sont apparemment opérées par une société imposée au BMPAD par PDV Caribe S.A. Il est tout à fait irrégulier qu’un bailleur de fond puisse imposer à un bénéficiaire un gestionnaire pour opérer des projets financés par les fonds offerts. En effet, le journal Le Nouvelliste rapporte que « L’EDH ne gère pas les trois centrales électriques vénézuéliennes. PDV Caribe a imposé la firme ESD Engineering and services SRL pour faire ce travail contre 10 millions de dollars américains par an »

Lorsque nous considérons les doutes qui existent sur la gestion saine et rigoureuse des fonds Petro Caribe et l’absence d’une certaine transparence dans l’octroi de certains contrats, il est du moins choquant de lire les déclarations de l’Ambassadeur Pedro Antonio Canino Gonzalez, à savoir « Nous pouvons témoigner que les Fonds Petro Caribe sont investis de façon saine en Haiti ». L’ambassadeur a aussi déclaré que « l’audit de 234 projets conclut à une totale transparence dans toute leur phase de développement et d’implémentation ».

Nos inquiétudes sur de potentielles malversations entre les intervenants Vénézuéliens et Haïtiens se renforcent par les déclarations de la ministre vénézuélienne des Affaires Etrangères, Madame Delcy Rodriguez, qui dit « voir l’impact du programme Petro Caribe en Haiti dans les indicateurs économiques et sociaux du pays ». La population Haïtienne est en droit de s’insurger contre de telles déclarations.

Monsieur le Président,

A la lumière de toutes ces informations et considérant l’inquiétude du peuple haïtien sur les bénéfices réels du programme Petro Caribe, je formule le vœu que le gouvernement haïtien arrête immédiatement tout remboursement de la dette contractée dans ce cadre envers le Venezuela, remboursement qui, aujourd’hui, grève le budget de la République. S’il devait se révéler des interactions louches entre les différents acteurs du contrat Petro Caribe, elle pourrait remettre en question tant le montant de la dette que la justification de son remboursement, en attendant que toute la lumière soit faite sur l’utilisation de ces fonds et que les coupables de tous actes de corruption soient identifiés, jugés et punis dans le cadre d’un procès juste et équitable. La coopération internationale en matière de lutte contre la corruption peut justifier la décision d’Haiti de suspendre temporairement le remboursement de la dette. Dans l’intervalle, les fonds alloués au service de la dette externe pourraient être affectés à l’amélioration des conditions de vie des professeurs, des policiers et des professionnels de la santé.

En espérant que vous accorderez la meilleure attention à cette demande, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, mes plus respectueuses salutations.

Dr. Reginald Boulos

Citoyen Haïtien

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