janvier 23, 2019
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Topo pour une refonte de l’Etat extraverti haïtien

Par Raynald Exantus
Le député de l’OPL Raynald Exantus, l’un des 16 députés interpellateurs, a émis une réflexion sur l’architecture de l’Etat longtemps jugée inadaptée à la réalité haïtienne. En ce sens, l’élu de l’Estère a soumis à la Radio Métronome un texte sur la refonte de l’Etat en quelques points.
Impopularité de l’Etat et ses institutions
Etat s’est imposé et construit dès le régime de Toussaint Louverture au détriment des aspirations populaires (grande propriété vs distribution des terres à ceux-celles qui les travaillent, production des denrées destinées à l’exportation contre production des vivres pour la souveraineté alimentaire, institutions sociales et culturelles d’emprunt contre les formes populaires de vie collective, sosyete, konbit, douvanjou.
Première conséquence : divorce entre l’Etat et le peuple.
Deuxième conséquence : L’Etat devient un organe étranger et qui défend les étrangers.
Troisième conséquence : les représentants de l’Etat incarnent l’Etat, c’est-à-dire ils sont considérés comme des étrangers qui n’ont aucun rapport avec le peuple.
Quatrième conséquence : ils utilisent les institutions étatiques pour construire et renforcer leur capital.
Que faire : refonder l’Etat et ses institutions
D’abord le parlement et les partis politiques
Partis politiques et le parlement en Haïti ont une très mauvaise image dans l’opinion publique. C’est une constante dans l’histoire d’Haïti, la suspicion qui entoure les politiques et les institutions. Durant les deux dernières décennies cette image est plus dégradée. Pourquoi ?
Les solutions proposées n’ont pas été adaptées : plusieurs gouvernements et présidents se sont succédé, le chaos dévastateur n’a pas donné naissance au chaos refondateur. Il nous faut un chaos refondateur.
Parler de refondation de l’Etat peut être perçu comme un simple discours, d’ailleurs déjà exprimé par plus d’uns. A ce discours salvateur, je propose des mesures précises en commençant par les élus, en particulier les députés.
Nous sommes dépositaires d’une légitimité populaire, d’une souveraineté et nous sommes en même temps perçus dans l’opinion publique également comme responsables de l’échec de l’Etat haïtien, nous sommes dans l’incapacité d’exprimer les revendications des différents groupes sociaux sur la scène politique. On nous reproche d’être des ferments de division dans un pays qui a besoin d’unité, d’autres insistent encore sur notre inefficacité, de notre corruption. L’opinion publique nous identifie à l’argent. C’est vrai qu’il y a des enrichissements personnels voire de nombreux cas de financement opaque, illégal.
L’Etat haïtien est à notre service et en retour est-ce que nous sommes au service de l’Etat, même extraverti ?
Nous sommes réunis ici pour réfléchir positivement le progrès dans une atmosphère de revendications et mobilisation populaires ça s’est répété plusieurs dans notre histoire politique et s’il continue en suivant les mêmes traces, il se répètera dans une année.
En qualité de membre d’un parti et d’un groupe progressiste, je propose que l’ensemble des élus, ici les députés acceptent de rendre une partie de 40% des avantages inhérents à la fonction afin de constituer un grand corps de réflexion pour proposer des modalités pour refonder l’Etat et des élections générales.
Il faudrait repenser la société, les institutions, les partis politiques, notre rapport de dépendance envers l’étranger, les pays dits amis, notre rapport avec les institutions financières internationales.
Nous avons une chance, pour prouver au peuple haïtien notre amour pour la patrie, pour le pays, pour Haïti. L’amour n’existe pas, mais c’est la preuve d’amour qui existe. Notre projet d’avenir collectif, et l’abandon de nos privilèges en ces temps de crise seront une preuve d’amour exceptionnel. En effet, faisons preuve d’hommes et de femmes d’Etat pour une fois dans notre vie.
De telles renonciations, vont découler les réponses aux obligations sociales de l’Etat. Celui-ci va réorganiser rationnellement, socialement ses ressources financières dans les domaines éducatif, sanitaire, alimentaire et agricole etc. En effet, les députés doivent participer à la mise en place de ces « envisageables » pour la population « sans » et également exiger l’Exécutif de faire le même geste pour le bien-être collectif. De plus, cette décision va nous ramener la confiance des citoyens pour initier tout cadre de discussions visant la transformation de notre système social, économique et politique.

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