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Qui dirige réellement le pays dans l’ombre du « bébé » Alix Didier Fils-Aimé ?

Jean Corvington 11 juin 2026 7 minutes lues

Cette question n’est plus une figure de style ; elle résume l’impasse politique et morale dans laquelle Haïti est aujourd’hui enfermée, sous la férule d’un Premier ministre de facto devenu le paravent idéal de secteurs puissants qui gouvernent sans visage, sans mandat et sans comptes à rendre.

Dans une interview accordée à Magik 9 mercredi dernier, l’ancien sénateur Kelly C. Bastien a confirmé que le décret électoral récemment modifié n’est pas l’œuvre du gouvernement, mais bien celle d’un « secteur puissant » gravitant dans l’entourage du Premier ministre de facto. Selon l’ancien président de l’Assemblée nationale, Alix Didier Fils-Aimé se serait retrouvé pris dans un piège tendu par deux groupes : l’un opposé à cette modification, l’autre déterminé à l’imposer, le plus puissant ayant finalement imposé sa volonté, comme si le chef du gouvernement n’était qu’un « bébé » qu’on mène par la main.

Ce témoignage dessine le portrait d’un Premier ministre incompétent, qui n’est pas maître de ses décisions et qui, de fait, dirige le pays par procuration, à travers des acteurs plus madrés que lui. Il ne s’agit plus d’un chef de gouvernement, mais d’un instrument. Sa signature, sa fonction et sa présence servent à couvrir les manœuvres d’intérêts occultes qui utilisent l’appareil d’État comme terrain de jeu. Alix Didier Fils-Aimé n’a jamais été élu de sa vie et ne possède aucun parcours significatif dans l’administration publique. Propulsé à la tête de l’exécutif dans le cadre d’une transition déjà fragilisée, il a désormais concentré entre ses mains l’essentiel du pouvoir après la dissolution du Conseil présidentiel de transition, sans avoir réussi à offrir au pays la moindre perspective de sortie de crise.

Après dix-neuf mois comme Premier ministre, dont plusieurs comme seul chef de l’exécutif, le constat est accablant : aucune réforme majeure, aucun progrès tangible dans la sécurisation du territoire, aucune avancée significative vers des élections crédibles, alors même que la transition était précisément censée ramener le pays à l’ordre constitutionnel. La crise, loin d’être contenue, s’est aggravée et s’est profondément enracinée. Dans un État normal, la modification d’un décret électoral serait l’aboutissement d’un débat public, d’une délibération parlementaire, d’un dialogue avec les partis politiques et la société civile. En Haïti, elle se joue dans l’ombre, entre deux groupes qui se disputent l’oreille du Premier ministre, sans transparence, sans consultation, sans légitimité.

Le décret électoral, qui devrait marquer le retour au suffrage universel et à la légitimité démocratique, devient ainsi la preuve éclatante que les règles du jeu politique sont écrites ailleurs que dans les institutions. Il révèle une mécanique bien rodée : des réseaux économiques, politiques et diplomatiques exigent un texte sur mesure, un Premier ministre faible le paraphe, et le peuple est prié de s’incliner devant ce nouvel « ordre » imposé de l’extérieur comme de l’intérieur. Qualifier le Premier ministre de « bébé » pourrait prêter à sourire si les conséquences n’étaient pas aussi tragiques. On aurait affaire à un nourrisson politique, manipulable à souhait, incapable de comprendre la portée des actes qu’on lui fait signer. Mais l’image, en réalité, est dangereuse, elle ridiculise le personnage tout en l’innocentant.

Un chef de gouvernement n’est pas un enfant qu’on excuse d’avoir renversé le lait de la démocratie. Lorsqu’un Premier ministre sait qu’il est pris dans un jeu de pressions contradictoires, qu’il comprend que des « secteurs puissants » détournent son autorité pour servir leurs intérêts, mais qu’il accepte malgré tout de rester en fonction, il cesse d’être victime pour devenir complice. La faiblesse assumée devient un choix politique, un mode de gouvernement : régner en s’abandonnant aux autres, gouverner par abdication. La vérité brutale est que le pays n’est plus gouverné ; il est pris en otage. Les décisions qui engagent l’avenir de millions de citoyens, qui peuvent se présenter, qui peuvent voter, dans quelles conditions, sont arrêtées dans des espaces fermés où se croisent des hommes d’affaires, des conseillers étrangers, des anciens barons du système et des nouveaux entrepreneurs de la violence.

Dans cette configuration, le Premier ministre n’est pas un leader : il est un guichet administratif. On vient chercher sa signature, son sceau, son titre pour donner une façade institutionnelle à des choix déjà tranchés ailleurs. L’État se réduit à une interface, un simple écran derrière lequel se déploient les véritables rapports de force. Le pays est administré par procuration, au bénéfice de ceux qui ont la maîtrise de l’ombre. Cette architecture de pouvoir n’est pas seulement tolérée par la communauté internationale ; elle est souvent encouragée au nom de la « stabilité » et de la « continuité de l’État ». Des chancelleries étrangères saluent la « prise de fonction » du Premier ministre, « prennent acte » de la fin du Conseil de transition, et promettent la « continuité de leur soutien », tout en sachant parfaitement qu’elles appuient un exécutif dépourvu de mandat populaire et incapable de garantir la sécurité la plus élémentaire.

Ce choix n’est pas neutre. En préférant un Premier ministre faible mais obéissant à un leadership légitime mais potentiellement indépendant, ces partenaires extérieurs renforcent le pouvoir des secteurs qui gouvernent dans l’ombre. Chaque communiqué complaisant normalise l’exception : l’absence d’élections, la prolongation de la transition, la banalisation de la violence et de l’impunité. À cela s’ajoute la question brûlante de la gestion des ressources publiques. Alors que le pays s’enfonce dans une crise socio-économique et sécuritaire sans précédent, les signaux envoyés par le sommet de l’État sont ceux d’un pouvoir absorbé par la distribution de postes, la dilapidation des fonds publics et le clientélisme.

Dans un pays où des quartiers entiers vivent sous la loi des gangs, où la population fuit les zones urbaines, où les institutions judiciaires et policières sont à genoux, la moindre maladresse gouvernementale se paye en vies humaines. L’incompétence n’est plus une simple faute de gestion ; elle devient un crime politique. Elle se mesure en familles déplacées, en écoles fermées, en hôpitaux désertés, en générations entières condamnées à la peur et à l’errance.

Face à ce tableau, considérer encore Alix Didier Fils-Aimé comme un « bébé » est une insulte à la souffrance du peuple haïtien. Un homme qui concentre autant de pouvoir, mais si peu de résultats et autant de dépendance envers des « secteurs » opaques ne peut plus se réfugier derrière l’alibi de la naïveté. Il a choisi de rester, de prêter son nom à des décisions qu’il ne contrôle pas, de couvrir de son titre les dérives d’un système qui éloigne chaque jour davantage le pays de la démocratie. Dans ces conditions, la seule décision responsable qui lui reste est de remettre le tablier. Non pas comme un geste de faiblesse, mais comme l’acte minimal de décence qu’exige encore la fonction qu’il occupe. Tant que l’exécutif sera dirigé par un homme qui n’assume ni ses choix ni leurs conséquences, Haïti restera prisonnière d’une transition de carton-pâte, suspendue entre un futur sans élections et un présent sans État.

L’heure n’est plus aux bébés politiques ni aux chefs de gouvernement d’appoint. L’heure est à la restitution du pouvoir au peuple, à la reconstruction d’institutions légitimes, et à la rupture claire avec ce système de gouvernance par procuration qui a déjà trop coûté en vies, en dignité et en avenir.

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Jean Corvington détient une Maitrise en Journalisme à l'École supérieure de journalisme de Lille (ESJ Lille). Il a fait des études en Psychologieàl’Université d’Etat d’Haiti. Il est Directeur Général de la Radio Métronome. Il est passionné de sports, du Cinéma, de la culture et de la politique.
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Jean Corvington détient une Maitrise en Journalisme à l'École supérieure de journalisme de Lille (ESJ Lille). Il a fait des études en Psychologie à l’Université d’Etat d’Haiti. Il est Directeur Général de la Radio Métronome. Il est passionné de sports, du Cinéma, de la culture et de la politique.

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