Il faut avoir le courage de dire les choses telles qu’elles sont : non, Smith Augustin n’est pas un nationaliste. Il ne l’a jamais été, et ses actes récents ne sont que la caricature d’un patriotisme tardif, surgissant à la veille d’une chute qu’il a, lui-même, méthodiquement préparée. Voilà qu’à moins de trois semaines de la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), l’homme qui s’était autoproclamé gardien de l’intérêt national crie soudain à la souveraineté et à l’indépendance, alors qu’il a passé plus de huit mois à étouffer ces mêmes idéaux sous le poids de la médiocrité politique.
Smith Augustin, en tant que responsable du chantier diplomatie au sein du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), a eu entre ses mains l’un des instruments les plus nobles de l’État : la parole d’Haïti dans le monde. Mais qu’en a-t-il fait ? Une diplomatie réduite à la servilité, à la précarité du favoritisme, à l’improvisation d’un réseau d’individus choisis non pas pour leur mérite, mais pour leur proximité. Il a transformé un espace jadis inspiré par la stature de nos Dantès Bellegarde, de nos Anténor Firmin, en un champ de nominations clientélistes. Résultat, la voix d’Haïti s’est éteinte là où elle devait résonner le plus fort. Jamais la politique étrangère d’Haïti n’a été aussi morcelée, aussi décrédibilisée, aussi soumise à l’arbitraire d’un clan.
Sous son regard, les chancelleries étrangères ont cessé de prendre Haïti au sérieux. Les missions diplomatiques sont devenues des zones d’errance administrative, dépourvues de substance et de projet. Et c’est cet architecte du déclin diplomatique qui vient aujourd’hui parler de défense nationale ? Ce n’est pas du nationalisme. C’est de la prestidigitation politique, une manœuvre de dernière heure pour se draper dans le drapeau après avoir contribué à le déchirer.
Le paradoxe est brutal, Smith Augustin fut à ses débuts celui que certains voyaient comme la promesse d’une relève, le plus jeune des conseillers présidentiels, il aurait pu incarner une projection d’avenir, une figure de renouveau, capable de parler au pays par-delà les ruines du système. Mais il a choisi le confort des privilèges au détriment du courage des convictions. Depuis son arrivée au CPT, il a privilégié ses intérêts personnels, ses deals d’influence, ses ambitions voilées, au détriment du mandat collectif qu’il prétendait servir. Il a troqué la rectitude morale contre des alliances de circonstance. Il a courbé la colonne vertébrale du CPT pour satisfaire des intérêts personnels, pendant que le pays sombrait dans la désespérance.
Et que dire de cette volte-face grotesque ? L’hypocrisie atteint son sommet lorsqu’il se pose en justicier institutionnel pour exiger la révocation du Premier ministre, à quelques jours de l’échéance du mandat du CPT. À moins de trois semaines de la fin du mandat du Conseil, lui et ses pairs signent une résolution pour destituer le Premier ministre, celui-là même que Smith Augustin, ironie du sort, avait lui-même proposé au CPT, comme si le problème résidait dans la personne et non dans le système décomposé qu’il a lui-même nourri.. Quelle cohérence politique, quelle honnêteté intellectuelle peut survivre à une telle contradiction ? Quel nationalisme peut se revendiquer d’un calcul aussi opportuniste, mû par la peur de perdre le dernier lambeau de pouvoir ? À ce niveau de duplicité, la politique n’est plus une question d’idéaux, mais de survie, la fuite en avant d’hommes sans repères, sans boussole morale, qui cherchent à sauver une façade en ruines.
Smith Augustin et ses alliés se réclament d’un nationalisme de façade, mais leur nationalisme n’a jamais consisté qu’à protéger leurs propres enclaves de pouvoir. Pendant que la population s’enfonçait dans la peur, la faim et l’anarchie, ils ont gardé le silence. Pendant que les armes circulaient et que l’État se fragmentait, ils ont convoqué des réunions creuses et des réformes fictives. Et maintenant, à l’heure du bilan, ils se découvrent une indignation diplomatique, un refus de “l’ingérence étrangère”, après avoir sollicité, applaudi et attendu le même appui étranger pour se maintenir ! Le vrai nationaliste, c’est celui qui élève la dignité du pays dans la constance, non celui qui la récupère dans la panique. C’est celui qui refuse de trahir l’État même quand personne ne regarde. Un vrai nationaliste n’a pas besoin de micro, ni de communiqué, ses actes plaident pour lui. Le message est clair : ce n’est pas le peuple qu’il cherche à défendre, mais sa place dans le récit de la crise. Ce n’est pas la souveraineté qu’il veut sauver, mais sa capacité à se présenter demain comme celui qui “s’est battu jusqu’au bout”, après avoir cautionné le naufrage.
Le scandale tient aussi au timing. Le Conseil présidentiel de transition sait que l’accord qui l’a créé fixe clairement la fin de son mandat au 7 février 2026, sans possibilité de prolongation. Aujourd’hui, ceux qui affirment défendre la souveraineté nationale ne défendent plus qu’eux-mêmes. Ils ont réduit la transition à une lutte d’ego, vidé la notion de gouvernement de toute substance, et expliqué l’échec par la conspiration des autres. Mais à force de mentir au pays, ils n’y ont laissé que le vide, vide d’idée, vide de volonté, vide de vision.
Smith Augustin peut être beaucoup de choses : manœuvrier, excellent communicant, produit typique d’une classe politique qui sait se mettre en scène. Mais il n’est pas un nationaliste. Il est le symbole de cette élite qui parle de “solution haïtienne” tout en ayant vidé de sens les instruments mêmes de la souveraineté, l’archétype de cette génération de dirigeants qui confondent ruse et leadership, qui parlent d’indépendance tout en marchandant la nation au plus offrant. Le pays ne peut plus se payer le luxe de confondre le bruit de la posture avec la profondeur de l’engagement. L’histoire jugera. Et cette fois, elle ne retiendra pas les slogans, mais les conséquences : une diplomatie effondrée, une transition discréditée, et un peuple une fois de plus trahi par ceux qui prétendaient parler en son nom.
Le verdict est sans appel : Smith Augustin peut être tout, sauf un nationaliste.
- CPT: l’heure du bilan - 28 janvier 2026
- Non, Smith Augustin n’est pas un nationaliste - 22 janvier 2026
- 12 janvier 2010 – 12 janvier 2026 : seize ans après, la mémoire reste vive! - 12 janvier 2026













