Le premier pas d’un gouvernement donne toujours la mesure de sa sincérité. Dans un pays éreinté par les promesses non tenues, la confiance du peuple n’est plus un capital à dépenser légèrement. C’est une ressource rare que seul le respect de la parole donnée peut restaurer. Or, à peine installé, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé semble déjà avoir trahi l’esprit et la lettre du Pacte national qu’il avait brandi comme fondement moral de son mandat.
Premier pas, première violation du Pacte. En formant un gouvernement composé pour la plupart de ministres qui ne répondent pas aux critères établis à l’article 3 du Pacte, lequel stipule « Dès la signature du Pacte national, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé entame des consultations pour former un cabinet ministériel impartial, technique et efficace, avec des femmes et des hommes choisis sur la base de critères de compétence, d’objectivité et d’éthique. » Quelques semaines plus tard, force est de constater que ce vœu pieux s’est heurté à la réalité des arrangements politiques.
Des profils controversés, un signal inquiétant
La présence, dans cette équipe, de ministres déjà pointés du doigt par l’ULCC pour des faits présumés de corruption, ou épinglés par la Cour des comptes, témoigne d’une absence totale de rigueur dans le choix des serviteurs de l’État. Comment un pacte censé incarner la moralisation de la vie publique peut-il être si rapidement violé ? Ces nominations envoient un message désastreux : celui d’un pouvoir qui, malgré le discours de rupture, reproduit les travers qu’il condamnait hier.
Le contraste est flagrant avec le ministre de l’Environnement, seul véritable technocrate du lot, dont le profil témoigne de ce que le gouvernement aurait pu être : une équipe bâtie sur la compétence, non sur la connivence. Mais il demeure une exception isolée dans un ensemble dominé par des figures politiques, souvent plus proches des équilibres partisans que de l’intérêt national.
La tentation du compromis politique et la question de la cohérence
Certes, dans une transition fragile, certains plaideront qu’il faut composer avec toutes les forces du pays, ménager les susceptibilités, équilibrer les rapports de pouvoir. Mais à force de compromis, le pays s’installe dans la compromission. Le Pacte national n’était pas un simple texte de circonstance : il était une promesse de refondation morale. Le violer dès la première épreuve, c’est miner sa légitimité et affaiblir, dès le départ, l’architecture morale sur laquelle reposait le nouveau pouvoir.
Cette logique du « moindre mal » est la même qui, depuis des décennies, a épuisé la confiance publique. Chaque gouvernement justifie ses choix douteux par une prétendue logique d’équilibre, au point où la moralité politique finit toujours par céder le pas au calcul électoral. Or, c’est précisément ce cercle vicieux que le Pacte prétendait rompre.
Autre contradiction majeure : la composition du Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN), pilier de la sécurité publique, semble intouchable. Faut-il croire qu’il fonctionne si parfaitement qu’aucune réforme n’est nécessaire ? Ou bien assiste-t-on à un statu quo orchestré pour ne pas froisser les forces en place ? L’absence de changement au sein du CSPN renforce l’idée d’un pouvoir obsédé par sa survie politique, non par la crédibilité de son action.
Une rupture manquée
Ce premier gouvernement aurait pu incarner la réconciliation du pouvoir avec les principes, le retour du mérite dans la gestion publique, l’émergence d’un État tourné vers le long terme.
À la place, c’est un mélange d’opportunisme et de continuité qui s’impose. Et dans un contexte où chaque mot du pouvoir est scruté, où chaque décision doit reconstruire la confiance citoyenne, ce faux départ coûte cher. Mais au fond, c’est bien plus qu’une trahison : c’est un test moral échoué. Car la légitimité ne se décrète pas ; elle se construit, pas à pas, dans la cohérence entre la parole et l’action. Et si, dès le premier pas, cette cohérence se brise, on ne marche plus vers le changement, on tourne en rond dans la même impasse.
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