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Editorial

Haïti : l’urgence d’une vraie culture démocratique

À l’approche d’une nouvelle échéance électorale, Haïti aborde un tournant décisif. Dans un pays épuisé par les crises politiques, l’insécurité, les transitions sans fin et l’affaiblissement de l’État, la question dépasse désormais le simple calendrier électoral : sommes-nous prêts à faire de la démocratie une pratique nationale réelle ? Voter ne suffit pas. La démocratie […]

À l’approche d’une nouvelle échéance électorale, Haïti aborde un tournant décisif. Dans un pays épuisé par les crises politiques, l’insécurité, les transitions sans fin et l’affaiblissement de l’État, la question dépasse désormais le simple calendrier électoral : sommes-nous prêts à faire de la démocratie une pratique nationale réelle ?

Voter ne suffit pas. La démocratie exige le respect de la Constitution, l’acceptation de l’alternance, le refus de la violence et la reconnaissance du verdict des urnes. Elle suppose aussi qu’aucun parti, aucun chef et aucun groupe ne se considère comme propriétaire de l’État.

Sortir de la logique du blocage

Les acteurs politiques qui sollicitent le suffrage populaire ont une responsabilité claire : accepter les règles du jeu avant d’en connaître l’issue. On ne peut appeler aux élections lorsqu’elles servent ses intérêts et les rejeter dès que le résultat devient défavorable.

Haïti a trop payé le prix des stratégies de blocage, des appels à la paralysie et de la manipulation des foules. Ces pratiques ont détruit l’économie, fragilisé les familles, vidé les salles de classe et accéléré l’effondrement des institutions.

Remettre l’État au centre

La priorité nationale doit être la réhabilitation de l’État. Il faut restaurer son autorité, renforcer les institutions et replacer la loi au-dessus des intérêts particuliers. Comme le disait Lesly Manigat, il est temps de « sincériser la politique ».

Un pacte national s’impose autour de principes simples : élections régulières, alternance pacifique, séparation des pouvoirs, justice indépendante, rejet de la violence et continuité de l’État. Sans ces garanties, aucun scrutin ne suffira à sortir le pays de l’impasse.

Le pays n’a pas besoin d’un homme providentiel. Il a besoin d’institutions capables de résister aux ambitions personnelles et de fonctionner au-delà des changements de gouvernement. Les compétences existent, en Haïti comme dans la diaspora ; il faut les mobiliser autour d’un projet collectif.

Choisir enfin Haïti

À la veille des élections, l’appel doit dépasser les appareils politiques. Aux dirigeants, il revient de respecter les règles démocratiques. Aux militants, de refuser la violence. Aux élites, à la société civile et à la diaspora, d’exiger des institutions solides plutôt que des promesses de sauveurs.

La prochaine élection ne doit pas être un rendez-vous de plus avec la crise. Elle peut devenir le point de départ d’un nouveau contrat national. La vraie question n’est plus seulement de savoir qui gouvernera demain, mais quel pays nous voulons laisser aux générations futures. Il est temps de réhabiliter l’État, de renforcer les institutions et de choisir Haïti.     

Dr Beaugé Gregory OBGYN membre du conseil de l’université d’état d’Haïti, vice-président de la société haïtienne d’obstétrique et de gynécologie, citoyen engagé 

La Rédaction

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