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Haïti-Sécurité : Police et population, une confiance à reconstruire ! 

La Police haïtienne fait des morts, principalement des innocents. Les bavures policières ne sont pas nouvelles en Haïti. Le dernier cas en date, celui de cet employé de la BRH tué à l’impasse Lavaud, fait tache. Surtout lorsque l’on considère les tentatives de dissimulation de l’affaire par la PNH à travers ses réseaux. Dangereux ! Cette démarche est encore plus scandaleuse, tenant compte du contexte tendu et du climat d’insécurité alimenté par des policiers et/ou pseudo-policiers qui soutiennent les foyers de gangs.
 
Les pratiques policières, généralement brutales, sont préjudiciables. La police parait forte avec les faibles et faible avec les forts. Mais le plus grave, c’est qu’il est aujourd’hui pratiquement impossible pour un citoyen d’identifier les vrais policiers des faux, surtout la nuit. Les bandits disposent de tous les accessoires de la Police y compris tous les uniformes des corps spécialisés. Jusqu’à présent, le haut commandement et le CSPN n’ont donné aucune réponse sérieuse à cette situation, ce qui ouvre la voie à toute sorte de dérive.
 
En effet, les policiers établissent des checkpoints dans des zones où généralement les kidnappeurs en uniforme de police sont actifs. Les citoyens qui fréquentent ces espaces n’ont aucun moyen de savoir à qui ils ont à faire. De plus, ces bandits détiennent des voitures de police, ce qui représente un danger de plus pour la population, victime récurrente des rapts et autres actes malhonnêtes. Le RNDDH a d’ailleurs informé, le 26 juillet dernier, que le chef du Gang « Kraze Baryè », Vitelhomme innocent, avait des voitures de la PNH dans son cortège. Aucune explication n’a été donnée par les responsables.
 
Cette attitude d’avoir la gâchette facile peut aussi s’expliquer par la peur qui envahit également les rangs des forces de l’ordre pris pour cible par les gangs armés. Plus d’une trentaine d’agents sont morts depuis le début de l’année. Les policiers haïtiens, en plus de devenir anonyme en portant des cagoules et en effaçant tous les signes distinctifs (matricule, grade) qui pourraient les identifier, sont également devenus schizophrènes. Ils sont prêts à dégainer à la moindre occasion, tels des cowboys.
 
Outre cette peur paralysante qui a poussé de nombreux de policiers à quitter le pays, il y a aussi cette corruption tentaculaire qui affecte le fonctionnement de la PNH. Chaque policier fait sa propre loi. D agents rançonnent, tabassent et s’érigent même en chef de quartiers, sous prétexte de « protéger leur zone ». Il n’est pas rare d’entendre ces autoproclamés chefs déclarer : « C’est moi la loi ici ». Là où le bât blesse, c’est qu’ils n’ont pas forcément tort. En réalité, ils sont effectivement la loi. Ils tuent, imposent des règles à ceux qui vivent dans ces zones. Les exemples sont nombreux.
 
Certains disposent même de leurs propres reçus de contravention pour rançonner les chauffeurs imprudents qui croisent leur route.  Les permis de conduire ne sont jamais déposés au bureau du Service de circulation des véhicules. C’est une entreprise lucrative qui implique même les responsables des commissariats, tout comme l’utilisation du matériel et des véhicules de la PNH à des fins commerciales.
 
Aujourd’hui, Haïti dispose d’une police qui est plus une source de nuisance pour les citoyens paisibles qui tentent de survivre au milieu de ce chaos qu’un recours contre les exactions des criminels. Les policiers consciencieux qui cherchent à se démarquer de ces pratiques malsaines sont également la cible des Policiers-bandits, comme cela a été le cas pour le jeune policier Lincoln Bien-aimé, tué à Ganthier pour ses critiques contre des frères d’armes qui ont transformé les blindés de la PNH en taxis de luxe.
 
Seule force chargée de la sécurité du pays, la population est contrainte de se plonger dans une nécessaire collaboration avec la Police. Mais, les rapports doivent évoluer pour rétablir cette confiance brisée entre les deux entités. Les pratiques policières doivent également évoluer afin d’éviter de créer de nouveaux bandits et de nouveaux foyers de gangs.

Jean Corvington
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