Haïti-insécurité : le carnage de Canaan, à qui la faute?

AvatarJean Corvington

Du jamais vu! La politique du laisser-pourrir d’Ariel Henry est arrivée à un point où la République dans son ensemble risque de sombrer. Des morts partout. Des blessés en cascade. La caravane de déplacés est mise en branle, dans presque tous les quartiers populaires. La misère, et surtout le silence tumultueux  du gouvernement affirme en majuscule que ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir, ne sont pas à leur place.

Canaan n’est qu’une manifestation de plus de ce mal-être chronique de l’Haïtien exposé à tous les fléaux. Un pasteur qui conduit un groupe de fidèles sur des kilomètres pour affronter des gangs armés de fusils mitrailleurs, rien que pour ses raisons personnelles, la scène relève de la science-fiction. Comme tout ce qui se fait dans le pays, depuis cette prise de pouvoir inexplicable d’Ariel.

Les interprétations de cette marche certaine vers la mort sont nombreuses. L’une des plus absurdes mais qui constitue une interprétation rationnelle qui s’aligne sur les pratiques du gouvernement depuis quelques mois est ce questionnement: « et si le pasteur Marco, apparemment détraqué, était en mission pour Ariel? » Vraiment farfelue comme interrogation, mais qui toutefois traduit l’impudence des autorités. Voulu ou non, cette marche n’arrange qu’un homme…

Le gouvernement, l’on ne peut plus s’en cacher, veut justifier ce retour jugé inopportun des forces de l’ONU par certains membres du Conseil de Sécurité. Jusqu’ici, ils n’ont ménagé aucun effort. Une énième action spectaculaire pour signifier aux nations du monde l’urgence de la situation ne serait pas de trop, dit-on. Marco le leur a offert sur un plateau. Cette réflexion témoigne du ras-le-bol de la population, et de cette confiance cassée dans les dirigeants actuels.

L’État ne contrôle rien! Ou du moins, rien de ce qui préoccupe la population. Au contraire, il contribue à pourrir la situation pour offrir un justificatif au retour de l’Onu qui peine à trouver une formule pour déployer sa force d’ « intervention robuste ». Le massacre de Canaan consacre donc la nullité de ces pseudos autorités, exécutant du plan macabre de l’occident humanitaire, qui en plus se goinfrent des maigres ressources publiques.

Ce Chaos fabriqué arrange ! D’autant plus que l’action des bandits sous coupes réglées de certains proches du pouvoir ne menace en rien les positions de ces hordes de chacal qui dévastent les carcasses du trésor public. C’est plutôt une stratégie de renouvellement de cette équipe d’incapables placés au timon des affaires par une frange rétrograde de l’international.

Avant Canaan  cette terre où a coulé le sang, Carrefour-feuille a payé le prix de cette stratégie immonde. Des centaines de déplacés et des dizaines de morts ont été le tribut consenti par les habitants, pour ce pacte des autorités avec les démons qui hantent la population.

Marco aura donc surfé sur cette vague de mépris du gouvernement pour mobiliser ses fidèles exaspérés par cette insécurité instrumentalisée, dans une quête personnelle. Une démarche cynique qui en plus sert d’autres causes. En particulier, celle qui veut que les forces onusiennes reviennent à n’importe quel prix. L’absence des forces de l’ordre sur les théâtres des faits, explique éloquemment la volonté de laisser ces imprudents chrétiens se faire châtier.

Car, cette marche aussi naïve qu’elle puisse être pour les participants, est un cri de contestations de cette situation imposée. C’est un rappel sonore, à écouter les fidèles de Marco, fait aux forces de l’ordre de leur mission de protéger la population et de créer des conditions favorables au progrès social. En attendant un grand ménage des têtes doivent tomber.

Face à l’incertitude générée par la visite de prospection de la délégation Kenyane, nul ne doute que le prochain mois risque d’être décisif avec le vote de la résolution prévue le 15 septembre par l’assemblée générale des Nations Unies. Ariel Henry et son équipe y ont misé leur avenir politique, ou du moins, leur ticket pour continuer à vivre dans ce pays qu’ils ont largement contribué à mettre à genou.

Jean Corvington
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